Trailer ARTE Concert

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Mercredi 22 janvier à 00h00

Stradella, de César Franck

Le 19 septembre 2012, Liège - capitale économique et culturelle de la Wallonie - a inauguré son Opéra, désormais inscrit dans la modernité des scènes lyriques les plus importantes en Europe. Sous l’impulsion de son directeur - Stéfano Mazzonis - l’Opéra royal de Wallonie (ORW) réunit un public jeune et nombreux (94% des représentations sont sold out).

 

Stradella est le spectacle d’ouverture de la saison, œuvre de jeunesse inachevée du compositeur liégeois César Franck, dont le manuscrit de 1842 a été retrouvé en 1984 à la BNF. C’est à l’Opéra Royal de Wallonie que revient la première production mondiale, orchestrée par Luc Van Hove et mis en scène par le cinéaste Jaco Van Dormael (Le huitième jour, Toto le héros).

 

À Venise, en plein carnaval, le Duc de Pesaro fait enlever la belle Leonor par son lieutenant Spadoni. Pour se faire aimer de la jeune fille, il engage un chanteur et professeur de chant célèbre, Stradella. Mais le duc ignore que celui-ci aime et est aimé en secret de la belle. Les amoureux s’enfuient, poursuivis par les sbires de Pesaro…

 

Stradella appartient à la colonie admirable des œuvres humanistes, telles celles de Liszt. Franck a la capacité de reprendre les structures classiques pour les élargir et les rénover. Il a laissé une œuvre vocale importante, la voix étant le dénominateur commun des deux instruments qu’il pratique : le piano et l’orgue.

 

Luc Van Hove, d’inspiration classique contemporaine, a orchestré cette œuvre inachevée. pprécié tant par le public que par la critique, le Maestro Paolo Arrivabeni dirige avec un beau mélange d'énergie et de tendresse. Jaco Van Dormael ne souhaitait pas mettre en scène Stradella comme un film. À l’opéra, la mise en scène doit se synchroniser à la musique. La sienne est intemporelle. Sa lecture inventive du drame suscite le rêve (le mobile échappé de Toto le héros) et parfois le rire (l’immense poisson télécommandé qui apparaît au final) dans une Venise noyée par l’acqua alta. Car pour le décor d’une cité aussi emblématique, la symbolique est apportée par l’eau, omniprésente dans la mise en scène (45 000 litres !!). « Il pleut, l'eau monte, les pontons passent sous l'eau, les personnages ont de l'eau aux genoux, puis aux cuisses, puis au cou. Et la fin se passe sous l'eau... À cela s’ajoutent des effets de coloration à des moments très précis. »

 

Le réalisateur, Frédéric Caillierez, connaît parfaitement les productions de l’Opéra royal de Wallonie qu’il capte avec succès depuis 2011. Venu du cinéma (il a notamment été assistant-réalisateur sur The Ninth Gate de Roman Polanski ou Ronin de John Frankenheimer), il était important qu’il ait la même culture d’image que Jaco Van Dormael dont c’est la première mise en scène d’opéra.

 

La distribution est emmenée par le liégeois Marc Laho à l’extraordinaire pureté de diction, qui campe un Stradella touchant et crédible, menant ses airs avec un superbe sens de la ligne. Les deux méchants (l’excellent Philippe Rouillon et le toujours fiable Werner Van Mechelen) tonnent avec puissance alors qu’Isabelle Kabatu fait valoir sa voix charnue et puissante et son engagement dramatique complet.

 

À l’heure d’une possible scission de la Belgique, César Franck est symbolique des contradictions (et des forces ?) qui ont toujours fait ce pays. Sa personnalité artistique universelle s’impose comme le résultat de la synthèse de plusieurs cultures (né à Liège alors sous tutelle hollandaise, père wallon, mère allemande, il sera naturalisé français en 1873).