Route du Rock Hiver

Un soleil californien se lève sur La Route du Rock

Allah-Las © Rod

Premières émotions. Trois groupes ont retenu notre attention. Punk, pop, retro. Il y en avait pour tous les goûts à cette première soirée de la dixième édition de la Route du Rock Hiver. Explications.

Regard halluciné, le jeune homme a la tête de ceux qui ont un poil trop de kilomètres au compteur. « Voilà, voilà, d'accord, c'est ça, lance-t-il laborieusement... Demain, dès l'aube, j'irai enregistrer des cris... Oui, oui, des cris de mouettes, précise-t-il en levant l'index, des cris de mouette sur les remparts de Saint-Malo, et je m'en servirai pour notre prochain album... Et ça sera franchement pas mal... », conclut-il avant d'afficher un sourire béat.

Voilà, c'est ici, dans la salle « La Nouvelle Vague », à la dixième édition de La Route du Rock Hiver, que la première tournée européenne de Christopher Denny prend fin. Et c'est sûrement une bonne chose. Derrière ses airs de rockeur exalté, le garçon a une tête de patachon.

A 20h15, lorsqu'il entonne les premiers morceaux avec son groupe, Naomi Punk, on comprend mieux pourquoi le vingtenaire a l'air rincé. Sa musique, réminiscence minimale du grunge des années dorées de Seattle, est sombre, rageuse, revendicatrice. Et elle ne doit pas être facile à vivre tous les soirs. La formule est simple : une voix, deux guitares, une batterie, un peu de flanger, beaucoup de distorsion. Le trio originaire d'Olympia, une petite ville de l'Etat de Washington, à deux pas de Seattle justement, accueille le public malouin sous un déluge de riffs cabossés. Ça tangue, méchamment. Ça claque, métallique. Les rythmes de batterie suivent à la lettre les power chords des deux guitaristes. On pense à cette région boisée et détrempée de l'ouest américain, au bord de l'océan pacifique. Pendant 45 minutes, les morceaux s'enchaînent à la mitraillette et la vision du monde des ces trois punks se déploie en noir et blanc sous le regard transi des premiers spectateurs malouins.

Naomi Punk à la Route du Rock
Naomi Punk à la Route du Rock Naomi Punk à la Route du Rock Naomi Punk à la Route du Rock
Naomi Punk à la Route du Rock

 

21h25. Place à Absolutely Free. Le changement d'ambiance est radical. C'est de la couleur qu'apportent les trois musiciens canadiens au tableau de cette première soirée. Vive la pop. Surtout quand celle-ci est aussi rêveuse. Ces jeunes gens savent tout faire : des rythmes tribaux, des basses rondes, synthétiques et groovy. Dans le public on décroche de grands sourires. Leurs mélodies sont faites d'arpèges élégiaques qui nous font tous grimper dans les aigus. Sur leur single Beneath The Air, la formation de Toronto fédère les premières émotions collectives. La salle est maintenant comble. Tant mieux, Absolutely Free est la première belle surprise du festival.

Absolutely Free à la Route du Rock Hiver 2015
Absolutely Free à la Route du Rock Hiver 2015 Le trio Absolutely Free s'est construit sur les cendres du groupe art punk DD/MM/YYYY. Absolutely Free à la Route du Rock Hiver 2015
Absolutely Free à la Route du Rock

 

Notre soirée se termine avec Allah-Las. Quatre jeunes gars qui donnent l'impression d'en avoir rien à faire de rien... Si ce n'est de la pop sixties de la côte ouest des Etats-Unis. Ce qui est tout à leur honneur d'ailleurs. On entendra des Congas, des Maracas, des tambourins. On pense à Brian Wilson, au Byrds, ou plus récemment, à The Brian Jonestown Massacre. Et l'on descend vers le Sud. Cette musique est taillée pour les grands espaces. Les pintes se lèvent dans le public. Les Américains ont apporté le soleil californien dans l'hiver breton. Chapeau.

Photo © Rod