Festival d'Avignon

"Un ennemi du peuple", mis en scène par Thomas Ostermeier

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Thomas Ostermeier, le plus français des metteurs en scène allemands est de retour au Festival d’Avignon avec "Richard III" de Shakespeare. Donnant volontiers dans la critique sociale, il ne réserve pas ses mises en scène aux salles européennes prestigieuses. A Delhi, Calcutta et Chennai, le public des mégalopoles indiennes a pu goûter à la production d’Un ennemi du peuple d’Ibsen qu’il a signée avec la Schaubühne. Suivez notre minisérie et partez sur les pas d’un artiste qui a pris la route pour changer le monde...  

C‘est la première fois que la troupe de la Schaubühne se produit en Inde. L’Inde est une étape-clé de la tournée mondiale qui, depuis 2012, a déjà fait escale dans 17 pays et 24 villes sur les 5 continents. Paris, Londres, New York, Melbourne, Buenos Aires, Toronto et Istanbul.

Henrik Ibsen a situé l’action de sa pièce dans une tranquille station thermale norvégienne. Un médecin y découvre que les eaux sont contaminées et tente de révéler ce scandale. Même si l’œuvre date du XIXe siècle, à chaque fois que la compagnie se produit, le public a l’impression qu’elle a été écrite aujourd’hui pour dénoncer la situation dans sa propre ville. Comme si les inégalités sociales des mégapoles du XXIe siècle étaient déjà en germe dans les querelles de clocher du XIXe  : en cause, la suprématie des pouvoirs politique et médiatique, la corruption et la perte des illusions au sein d’une société où l’argent est roi, et où la vérité est sacrifiée sur l’autel d’une économie toute puissante. Le point culminant de l’adaptation de Thomas Ostermeier est la réunion publique convoquée à l’initiative du docteur Stockmann dans le 4e  acte : ici, elle se transforme en discours au public, qui peut lui-même intervenir dans la suite de l’action, avec des réactions souvent imprévisibles selon la ville où se produit la troupe.

 

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Un ennemi du peuple dans sa production de la Schaubühne de Berlin ou le voyage d’une pièce de théâtre : après Paris, Londres, New York, Buenos Aires et Istanbul, les mégapoles indiennes de New Delhi, Calcutta et Chennai. Partout sur son passage, le spectacle rencontre un succès retentissant. Il soulève des questions tellement actuelles qu’à chaque fois, le public devient acteur, avec l’impression que l’œuvre a été écrite pour sa propre ville.
Quels sont les ingrédients d’un tel triomphe ? 

 


Delhi : Cette métropole en plein essor de 11 millions d’habitants connaît de profonds bouleversements au niveau politique. L’effervescence qui règne dans la capitale indienne galvanise d’emblée l’équipe de la Schaubühne, tout en soulevant des questions déstabilisantes : cette intrigue provinciale européenne parlera-t-elle au public d’une mégapole asiatique ? Quelle sera la réaction du public ? Et comment les Européens réagiront-ils face à l’apologie de la corruption faite par un metteur en scène indien, au motif que c’est l’unique moyen dont disposent les pauvres pour pervertir le système ?

 

 

Calcutta : la trépidante capitale de l’État du Bengale-Occidental bouscule profondément la troupe de la Schaubühne, avec son tourbillon de couleurs et d’odeurs, son mélange de joie de vivre et d’extrême pauvreté, la coexistence de temples hindous et de centres inspirés par mère Theresa. « C’est un peu comme être stone, mais sans avoir pris de drogue », déclare le metteur en scène Thomas Ostermeier. Entre fascination et choc culturel, l’un ou l’autre Européen commence à s’interroger sur l’intérêt d’une tournée aussi onéreuse dans un lieu autant marqué par la pauvreté. Tandis qu’un autre membre de l’équipe part en quête de ses origines familiales indiennes... 

 


Chennai : au cœur de l’État de Tamilnadu dans le sud du pays, très loin du siège du gouvernement central, la représentation de Un ennemi du peuple au Sri Mutta Venkatsubaa Rao Concert Hall (un nom quasi imprononçable sous nos latitudes) suscite un débat politique houleux. Des réactions comme « Nous exigeons plus de transparence ! Nos sources d’eau potable ont été vendues à Coca Cola », « Pourquoi planquez-vous dans des banques allemandes l’argent que vous avez détourné en Inde? » suscitent des tonnerres d’applaudissements. Une rencontre passionnante entre les comédiens et le public, placés sur un pied d’égalité... 

 

 

>> La minisérie a été produite par Andreas Nickl et Matthias Schellenberg entre juin 2014 et et février 2015.

 

 

  • "Richard III" de Shakespeare mis en scène par Thomas Ostermeier au Festival d’Avignon :