Trans Musicales de Rennes

Trans Musicales de Rennes : le guide des concerts du vendredi pour ceux qui n’y étaient pas ou pas assez

Dizzy Brains

Nous aurions pu vous trouver 37 raisons valables de vous rendre à cette 37ème édition des Transmusicales de Rennes, mais il était plus pratique de vous montrer. Si vous ne vous souvenez plus d’hier soir, ou pire que vous n’y étiez pas, voici un guide pour revivre les concerts de ce vendredi de Trans Musicales.

The Dizzy Brains

Qui : Le chanteur monte sur scène avec un drapeau breton, le bassiste slappe au médiator, le batteur ne croise pas les bras, le guitariste porte un pantacourt et pourtant The Dizzy Brains enflamme l’ouverture de ce vendredi de Trans. Il n’y a que le résultat qui compte. « Hier soir on a joué à la prison, raconte Eddy le chanteur du groupe avant leur show. On avait un peu la trouille que les taulards soient obligés de regarder et que ça ne leur plaise pas. Et puis on pensait qu’ils n’écoutaient que du rap, mais en fait ils étaient à fond. C’était notre premier concert en France ! ».

Jeunes mais pas débutants - les deux frères Dizzy commencent à tenir la basse et le micro à 13 et 17 ans – The Dizzy Brains avaient déjà conquis les cœurs du public. Ils viennent de Madagascar où certains de leurs morceaux sont interdits en radio. Ils ont passé les 3 dernières années à taxer de l’argent de poche à maman pour louer les guitares et faire des concerts après lesquels ils devaient dormir dehors, faute de couchage. « Une fois, on été coursé par la police parce que j’avais jeté un micro. » Des emmerdes ils en ont eu. Donc quand ils débarquent dans le hall 3 en dégainant des phrases toutes faites comme « vous aimez le rock ? » ou « chez nous, on est boycottés », on y croit.

Les 4 Dizzy ont joué une heure de rock garage rouillé saveur Sonics, et ils ont à peine la vingtaine. Le chanteur a la même chorégraphie abdominale qu’Iggy Pop. Ils ont bouffé quinze heures d’avion, et ils sont là, avec la ferme intention de ne pas jouer de ballades.

Pour qui, pourquoi :
- Pour Madagascar, pour le morceau "J’ai faim" et tous leurs autres titres censurés car ils parlent de sexe. « La musique traditionnelle malgache parle de sexe parfois ! rappellent les Brains. Mais nous comme c’est du rock, on a des problèmes ». Je suis Dizzy.,
- Pour cette voix de garage déjà cassée et qui comme un jean à effet usé ne peut que se bonifier avec le temps,
- Pour leur reprise des "Cactus" de Dutronc en malgache.

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : Les taulards aiment aussi le rock. On sait aussi d’après les Dizzy qu’il n’y a pas de magasins de disques à Madagascar ou d’endroits pour se produire (« on aimerait voir les Arctic Monkeys, ils ne sont jamais passés »). La police locale n’aime pas le rock.

The Dizzy Brains aux Trans Musicales 2015
The Dizzy Brains aux Trans Musicales 2015 Avec leur look débraillé, leurs riffs acérés et leurs diatribes sociales, les jeunes malgaches de The Dizzy Brains possèdent une hérédité bien marquée.  The Dizzy Brains aux Trans Musicales 2015

 

Son Little

Qui : On l’entendait au travers des sorties les plus soul de RJD2 ("I’m Green", "Icebird"), ou avec le groupe The Roots ("Sleep") Aaron Livingston était l’ingrédient qui veloute le potage hip-hop. Il devient Son Little en 2014 et sort cette année son premier album éponyme de soul pour faire pleurer les guitares et retourner les règles du music business et des super productions en jouant la carte de l’épure absolue.

Pour qui, pourquoi :
- Pour se détendre en se touchant la moustache avec cette alternative de salon à Frank Ocean dans un canapé en crocodile,
- Pour se régénérer. Entre deux hangars de tôle qui vibrent sur des enceintes nucléaires, un trio guitare-basse-batterie peut être conseillé. S’économiser pour mieux durer,
- Pour agrandir encore un peu l’arbre généalogique avec Marvin Gaye et Clinton.
- Pour oublier 2015.
- Pour les morceaux : "O Mother" et "Lay Down" et leurs enregistrements plus pure que l’eau bénite d’une messe gospel.

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : Même avec ses Roots très enracinées, le Petit Fils n’en fera qu’à sa tête de toute façon…

Son Little aux Trans Musicales
Son Little aux Trans Musicales Son Little aux Trans Musicales Son Little aux Trans Musicales

 

Grand Cannon

Qui : Si les familles triparentales deviennent monnaie courante en 2031, tout le monde voudra les Grand Cannon pour papis, ils maitrisent le blues, la country, et toute une batterie d’accessoires (râteau, poubelle 200 litres – voire notre outdoor 2015) pour faire de la fanfare un spectacle comique. Zachary Prather tient la guitare centrale, il a joué pour Screamin Jay Hawkins et Mick Jagger. Pfuri Baldenweg joue de l’harmonica comme s’il avait deux bouches et Peter Knaus sait jouer "À la Clairefontaine" avec n’importe quel objet du rayon petit outillage de chez Truffaut.

Pour qui, pourquoi :
- Pour leurs reprises des Rolling Stones et de "Gimme Some Lovin", qui n’ont du coup plus rien à voir avec les originales,
- Pour rendre hommage à ces inconnus qui travaillent dans le noir : les ingénieurs du son à qui on a demandé de travailler sur le placement de micros de leurs 50 accessoires,
- Pour imaginer où seraient les Blues Brothers si John Belushi avait préféré l’horticulture au speedball.

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : Un tire-bouchon peut être une percussion redoutable.

Grand Cannon aux Trans Musicales
Grand Cannon aux Trans Musicales Né de l’union de trois musiciens vétérans, le groupe suisse livre un blues à la croisée des chemins. Grand Cannon aux Trans Musicales

 

Photo © Gwendal Le Flem

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