Trans Musicales de Rennes

Trans Musicales de Rennes : le guide des concerts du samedi pour ceux qui n’y étaient pas ou pas assez

Trans

Nous aurions pu vous trouver 37 raisons valables de vous rendre à cette 37ème édition des Transmusicales de Rennes, mais il était plus pratique de vous montrer. Si vous ne vous souvenez plus d’hier soir, ou pire que vous n’y étiez pas, voici un guide pour revivre les concerts de ce samedi de Trans Musicales.

Imarhan

Qui : Cinq Touaregs jouent un blues du désert (« assouf ») dans un hangar glacial et font de l’hiver un simple paramètre calendaire en quelques accords. Leur mélopée saharienne au groove ensablé se mue en deuxième partie de concert en cavalcade à faire zouker le plus obtus des derviches tourneurs.

Pour qui, pourquoi :
- Pour bien se rendre compte que « musique du monde », ça ne veut rien dire,
- Pour cette basse qui rebondit sur les deux percus, double mention spéciale,
- Pour les juilletistes, les aoutiens, mais aussi pour ceux qui restent,
- Pour les adeptes de Tinariwen.

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : On peut trouver des endroits pour brancher sa Gibson dans le désert.

Imarhan aux Trans Musicales 2015
Imarhan aux Trans Musicales 2015 Imarhan fait partie de la scène touareg et distille un blues désertique aux influences métissées.  Imarhan aux Trans Musicales 2015

 

Monika

Qui : La Disco Queen de cette dernière soirée de Trans Musicales, Monika Christodoulou, voulait à la base être ingénieure et c’est dans ce but qu’elle a longuement étudié les mathématiques. Et puis heureusement « la musique est entrée là-dedans… ». De sa Grèce natale, elle publie ses premiers EPs folkeux et part à New York enregistrer cette année son Secret In The Dark, un album de disco pour faire déraper les rallyes guindés, 100% analogique et enregistré quasiment en une prise.

Pour qui, pourquoi :
- Pour les fans des Dapkings, de Sharon Jones et de l’écurie Daptones, championne de New York de l’enregistrement analogique,
- Pour profiter un peu de cette mouture, avant qu’elle ne fasse encore complètement quelque chose d’autre. En interview, elle nous parlait par exemple de « ballades, parfois groovy. Je suis très intéressé par le genre et les instruments nigériens de William Onyeabor. Et peut-être aller vers une sorte de combinaison comme ça. Et Penny Penny, c’est fou Penny Penny ! »,

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : C’était son premier concert français, les Trans ont encore eu le nez fin. Depuis hier nous savons aussi que si elle veut, Monika peut se passer de micro, tout le monde l’entend.

 

Okmalumkoolkat, Cid Rim & The Clonious

Qui : Ils n’ont qu’un premier EP Holy Oxygen et pourtant ce trio forme déjà tout un programme. Le Sud-Africain Okmalumkoolkat rappe dans un anglais zulu, les Autrichiens Cid Rim & The Clonious (duo de producteurs électro habiles en mélange) incantent des basses surpersoniques et improvisent des couches supplémentaires à la caisse claire. Ça claque fort. Peut-être un peu trop ?

Pour qui, pourquoi :
- Pour ceux qui n’ont pas peur, Okmalumkoolkat jouait avec le volume le plus dangereux du festival,
- Pour les sapeurs (Okmalumkoolkat est aussi styliste),
- Pour les amateurs de trap hybride. On pense à Buraka Som Sistema, dans un autre registre et sur un autre continent.

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : Si l’humanité est connectée par la musique et qu’on peut écouter et vibrer sur les mêmes morceaux à Rennes et à Johannesburg, il demeure difficile d’envisager les mêmes pas de danse.

Okmalunkoolkat, Cid Rim & The Clonious aux Trans Musicales
Okmalumkoolkat, Cid Rim & The Clonious aux Trans Musicales Okmalumkoolkat, Cid Rim & The Clonious aux Trans Musicales Okmalumkoolkat, Cid Rim & The Clonious aux Trans Musicales

 

France

Qui : France avait de quoi rendre fous à lier les festivaliers tardifs (ils jouaient à 3h30) avec leur drone médiéval. Une vielle à roue, une basse, une batterie, et un morceau de 50 minutes de musique répétitive où ils font tourner la manivelle hypnotique jusqu’à la crampe après quoi ils arrêtent pour ne pas se blesser. Le groupe pour entrer en transe.

Extrait d’une conversation avec France quelques heures avant leur concert :
- « Au début avec France on ne jouait que dans des lieux non aménagé, c’était d’obtenir un effet de l’endroit sur le son. Provoquer une situation en fait.
- Mais alors ça vous inspire quoi de jouer dans un hangar ce soir ?
- Ha bon on joue dans un hangar ? »

Vous l’aurez compris, prendre rendez-vous avec la musique de France n’est pas facile, dans la vraie vie comme sur internet où les musiciens Yann Gourdon, Jérémie Sauvage et Matthieu Tilly ne voient pas où est le problème [de référencement]. « C’est pas plus difficile de trouver du France pour moi que les autres groupes qui passent ici ce soir. » Quand même… On vous facilite la tâche avec une quelques morceaux de France ici.

Pour qui pourquoi :
- Pour ceux qui ont 50 minutes devant eux pour s’écouter un morceau,
- Pour la bande-son d’un nouveau Les Visiteurs.

Depuis ce concert d’hier, nous savons que : Qu’ils savent que les Trans ça se joue dans des hangars.

 

Photo © Gwendal Le Flem

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