Sleaford Mods : sous la plage, les pavés

Sleaford Mods

« L’art naît de lutte, vit de contrainte, meurt de liberté » disait Gide. Il ne précise cependant pas si les Sleaford Mods auraient existé en des circonstances économiques et sociales plus clémentes avec le Nord de l’Angleterre.

Car l’essence du duo composé d'Andrew Fearn à l’instrumental et Jason Williamson aux vociférations réside dans sa capacité à recracher des décennies de misère post-industrielle et de détresse sociale aux faux-airs de film de Ken Loach. Et tout le monde en prend pour son grade : David Cameron, Nick Clegg, Noel Gallagher, ou encore Alex Turner. Autant de représentants d’une élite politique et musicale britannique qui ont essuyé les rafales d’insanités scandées par l’hystérique Williamson. Et ce, sur fond d’instrumentale post-punk dont le dépouillement n’a d’égal que le minimalisme du jeu de scène de Fearn (descendant direct de Bez des Happy Mondays).

Jalousie ou clairvoyance? Ce qui est sûr c’est que les deux lads ont dû persévérer pour faire sortir leur chroniques des pubs miteux de Nottingham et sa région. Malgré un premier album éponyme sorti en 2007 et 8 efforts au compteur, il leur faudra attendre 2014 et la sortie de l'excellent Divide and Exit pour que les médias d’outre-manche daignent leur accorder de l’attention. Et quelle attention : le groupe dont personne n’avait entendu parler auparavant se retrouve propulsé dans les tops des meilleurs albums de 2014 des grands médias anglais (Top 10 du NME, Guardian), et ne tarde pas à partir à l’assaut de l’étranger (Top 10 de Pitchfork), fait rarissime pour un groupe chroniquant des sujets britannico-britanniques.

Un succès qui leur permettra de monter en grade et de collaborer avec des pontes de la musique électronique locale telles que Prodigy sur Ibiza ou encore Leftfield sur Head and Shoulders. Conscients de la potentielle ephémérité de cette vague de succès, le duo sort dans la foulée Key Markets sur son label de toujours Harbinger Sound et nous gratifie de son single le plus efficace à ce jour : Tarantula Deadly Cargo.

Sleaford Mods - Tarantula Deadly Cargo

 

Le groupe part alors faire la tournée de l’archipel, mais aussi des festivals d’Europe, avec un passage remarqué aux Eurockéennes de Belfort 2015, où malgré la taille de la scène comparée à son dispositif scénique, le duo marquera de son sceau une audience passée de la curiosité à la transe le temps d’un concert.

Sleaford Mods aux Eurockéennes de Belfort

Sleaford Mods aux Eurockéennes
Sleaford Mods aux Eurockéennes Sleaford Mods aux Eurockéennes Sleaford Mods aux Eurockéennes

Désormais libérés de leurs emplois de conseiller Assedic et de standardiste dans une salle de gym, les deux agités se consacrent aujourd’hui pleinement à leur art.

L’opportunité rêvée pour eux d’intégrer le panthéon des artistes issus de l’Angleterre des oubliés. Et pour ceux qui doutent encore de leur héritage, le groupe a souhaité marquer les esprits. Les Beatles ont eu le toit des bureaux d’Apple records, Oasis a eu Knebworth, les Sleaford Mods eux, ont opté pour le parc d’attraction satirique de Bansky - Dismaland - pour parachever leur entrée dans l’histoire de la musique britannique.

We are real, we are lucky disent-ils. Nul ne contredira la première partie de la phrase.