Route du Rock Été

L'Omnibus en chauffe : Route du Rock J-1

L'Omnibus en chauffe : Route du Rock J-1

Saint-Malo, samedi 18 février sur les 2 heures du matin. Le groupe new-yorkais The Men vient de laisser refroidir ses amplis Vox qui menaçaient de prendre feu sous le tir nourri qu'ils ont essuyé durant cinquante minutes impitoyables de bruit et de fureur.

 En ce vendredi, premier de ses deux soirs de cette Route du Rock Hiver, l'Omnibus a réussi sa mission première de nous emmener loin et dans pas mal de directions sans qu'il n'ait eu à quitter son arrêt de bus. C'est à 20 heures pétantes que les Américains de Gauntlet Hair grimpent sur scène. Ils sont deux, moustachus et pas gais pour autant. D'ailleurs, il rament un peu (pas gais, quoi) pour faire pétarader cet Omnibus encore à moitié vide. Dommage car ce duo de Denver, Colorado, est un sacré rapide qui aurait pu profiter de cette salle pas encore en pleine charge pour griller les feux rouges et dépasser les limites de vitesse. Au lieu de ça, les deux semblent constipés par l'enjeu et se contentent d'un live court, la faute à un réservoir de carburant pas encore très bien rempli. Un batteur à bonnet, un chanteur guitariste porté sur le timbre new-wave, des voix en écho et un psychédélisme nourri aux bons légumes bio d'un potager du Midwest, Gauntlet Hair est à Animal Collective ce que les Black Keys sont à Led Zep : une formule light, facilement digeste, économique autour d'une table de restaurant et pas très encombrante dans un avion. On attendra donc que la machine tourne à plein régime avec le plein de super histoire de voir ce qu'elle a vraiment sous le capot.

 

Un petit trajet à faire, une route sûre, un bon petit moteur qui ronronne depuis déjà pas mal d'années sur toutes les routes de l'Hexagone… Kim Novak a joué avec sa maitrise habituelle. Basse Rickenbacker, Fender Telecaster, textes en anglais, la bécane ronronne et nous embarque sur des plates-bandes bien connues, entre rock nerveux et pop mélodique, à moins que ce ne soit l'inverse, comme sur le manège de Merry Go Round où l'on aimerait que les Caennais fassent encore plus tourner la tête. Not So Sure donne une bonne idée d'une alternative française à R.E.M. là où on aurait préféré un R.E.M. alternatif. S'il était né à Manhattan, le groupe vivrait logiquement au milieu d'un triangle délimité par Interpol, les Strokes et The National, et n'offrirait que des chansons du niveau du final échevelé de Will You Marry Me.

 

Les New-Yorkais de Caveman compensent par une grâce innée un répertoire rock tout en dents de scie sauteuse. Avec leurs chœurs de premiers communiants et un lyrisme naturel proche des cousins british d'Elbow, les cinq se permettent parfois de belles guitares héroïques et des élans de pathos très émouvants. Alors que Coldplay a réussi son pari de jouer pour les stades, Caveman se contente de pondre un rock de gymnase et c'est bien mieux comme ça. Tous ceux qui ont perdu de vue leur pote d'école Chris depuis qu'il batifole avec la douce Gwyneth peuvent se rassurer : ces gars ne vous laisseront jamais tomber pour le déménagement de votre appart un dimanche à 8 heures du mat'. Tant que vous ne leur faites pas louper la messe. Les imprudents venus pour Caveman en espérant un groupe hommage aux Cramps n'auront pas tout perdu. Les cinq de S.C.U.M. s'inscrivent dans une tradition de new-wave théâtrale qui prend une dimension gothique encore plus importante sur scène que sur leur album. Un bassiste, une batteuse, un gars au synthé, un autre qui se partage les effets et de temps à autres une guitare, et un chanteur androgyne tout droit sorti d'un cauchemar de Tim Burton. On pense à The Horrors des débuts, quand leurs chansons sentaient plus le grenier d'un manoir hanté que le shoegazing. Dommage que le chanteur dandy ne soit pas très Warhol avec sa voix qui vire parfois au Brian Molko ramollo, ce qu'on pourrait traduire par Brian Moleskine. Tellement jeunes pour afficher autant d'états d'âmes, ces Anglais seraient-ils déjà passés à la génération Z

 

Cette première soirée se termine donc par le set furibard des quatre cocos de Brooklyn, fleuron du meilleur label du monde, Sacred Bones Records, une des rares maisons à respecter une ligne visuelle pour les pochettes, une cohérence et une qualité indéniable dans ses signatures : Amen Dunes, Crystal Stilts, Psychic Ills, Zola Jesus, Pop.1280…j'en passe et des meilleurs pleins de goudron et de plumes. Le punk énervé et méthodique croisé à de la noise alterno de The Men percute par son intensité mais aussi sa verve mélodique et ses rythmiques lourdes, à la limite de l'hypnotique. Du vrai punk de Generation X fait par la génération Y, elle est pas chouette la vie ? Allez, je file, je ne voudrais pas que l'Omnibus parte sans moi pour ce dernier soir.

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