Villette Sonique

Villette Sonique : Le garage se porte bien, merci

Villette Sonique

Première soirée sous la grande Halle. Les anciens abattoirs se sont transformés en garage géant, sous l'impulsion des Gories et Thee Oh Sees. Explications.

19h27. Un soleil déclinant illumine la grande Halle de la Villette. D'un coup, les charpentes métalliques des anciens abattoirs scintillent de mille feux. Les amoureux se lovent contre des bancs de pierre. Des grappes d'enfants retrouvent leurs parents qui sonnent enfin l'heure du dîner. Et la grande esplanade du XIXème arrondissement plonge dans une douce torpeur. Mais à 19h27, Kevin Morby est dans sa loge ; il n'assiste pas à ce simple spectacle quotidien. Et pourtant, les spectateurs qui prennent place sous la Grande Halle, s'en sont rendus compte, la musique du jeune américain sied idéalement à cet instant. On pourrait même se demander si elle n'a pas été composée pour cette minute bénie.

Thee Oh Sees à la Villette Sonique 2015
Thee Oh Sees à la Villette Sonique 2015 Depuis plus de dix ans, Thee Oh Sees construit albums après albums un univers étrange. Thee Oh Sees à la Villette Sonique 2015

L'américain épaulé de deux jeunes musiciens prend la scène discrètement. Un simple bonsoir, étouffé. Leur silhouette se détache de la lumière bleue qui envahit la Grande halle et nous commençons à rêver des années soixante, de son insouciance, de sa sérénité. Cette musique respire la sagesse. La timidité des trois jeunes s'estompe. Bob Dylan, The Band et Leonard Cohen sont convoqués pêle-mêle. La pulsation groove, tranquillement. La bassiste androgyne affiche un flegme inimitable. Ces gens là savent prendre leur temps, et on les en remercie. On gardera un souvenir ému de Harlem River, magnifique balade contemplative sur une histoire d'amour à New York, la plus belle chanson de leur premier album éponyme sorti en 2013.

Le choc est électrique. Quand les quatre zouaves de Ausmuteants prennent le relais, une heure plus tard, on se doutait que l'ambiance changerait, au regard de leur frimousses de branleurs mal léchés. Mais pas à ce point. Voilà des australiens biberonnés à Devo et d'autres groupes de synth punk primaires. Ca hurle, ça rugit, ça s'insulte et ça fonce à toute berzingue. Ces ados là évoquent leurs problèmes de motivations, l'ennui du quotidien, leurs semaines monotones et rances. On verra une banane voler et s'écraser sur scène. Un « suce ma bite » rétorqué par le chanteur dare-dare. Drôle d'ambiance. Mais ces 50 minutes régressives font du bien. Une preuve de plus que si le Punk est bien mort, il ne cesse d'être régulièrement ressuscité aux quatre coins du monde.

Place aux Gories, groupe culte des années quatre-vingt. L'intensité monte d'un cran. Leur garage nimbé de blues fait un carton auprès des amateurs des Sonics. Simples, efficaces, racés, leurs morceaux s'enchaînent rapidement. La voix rauque du guitariste rythmique fait un malheur sur les refrains. Le public s'égosille, en redemande.

A peine le temps de se resservir une peinte de bière que Thee Oh Sees déboulent la scène. Les Californiens sont là pour défendre leur titre de meilleur groupe de scène américain. Le public sait qu'il peut tout se permettre. Des hordes de spectateurs envahissent la scène de John Dwyer et les siens. Les amplis braillent. Le deux batteurs conjuguent leur force de frappe. Les Oh Sees vont puiser dans la quinzaine d'albums qui constitue leur discographie ; ils ont le choix. Une heure plus tard, une chose est certaine, les quatre musiciens de San Francisco sont bien l'un des groupes les excitants que donne à voir ces temps-ci.  

Photo © Rémy Grandroques