Franz Ferdinand + Sparks (FFS) = pop au carré !

FFS

Les tentatives de mariages musicaux plus ou moins consanguins sont légion dans l’histoire de la musique pop rock contemporaine, parfois d’ailleurs avec quelques moments de bonheur et de cohésion (Neil Young accompagné de Pearl Jam, par exemple), mais souvent trop éphémères (la plupart du temps pour un single et puis s’en vont) et trop rarement collusifs pour vraiment marquer les esprits. 

De fait, jamais deux entités aussi fortes que Franz Ferdinand et Sparks, que beaucoup semblait éloigner de prime abord (origine géographique, différence de génération…), n’avaient réussi à s’entendre, à se réguler, et à s’équilibrer même, aussi parfaitement, dans une osmose de sonorités, de mélodies et d’excentricités avérées déjà rare en tant que telle, même pour des groupes ayant beaucoup vécu et expérimenté ensemble. 

Interrogé quelques dizaines de minutes avant le show torride du Bataclan, Ron, pourtant habituellement le moins loquace des frangins Mael, s’enthousiasme : « Ce groupe, c’est une véritable cure de jouvence. Tout nous réunit, en fait, que ce soit notre amour des chansons alambiquées mais audacieuses, ou de mélodies addictives mais pas nécessairement évidentes ; et puis aussi un état d’esprit et un humour peut-être pas toujours faciles à cerner pour un public non anglophone, mais agissant bel et bien comme principal ciment d’une amitié musicale forte. »
Russell enchérit : « Nous avions déjà beaucoup écrit et enregistré, toujours avec des groupes plus jeunes que nous d’ailleurs, mais ça n’avait jamais pris de cette façon-là. FFS est réellement une entité à part, ce n’est pas machin plus Sparks ou Sparks accompagné de bidule. Par le passé, nous avons eu quelques beaux moments, avec les Rita Mitsouko, ou encore avec Faith No More —sur l’album « Plagiarism »—, mais aussi quelques ratés assez retentissants, je ne citerai pas de noms (rires)… »

FFS au Bataclan
FFS au Bataclan FFS au Bataclan FFS au Bataclan

Alex Kapranos, des Franz Ferdinand, se joint à la conversation : « Évidemment, c’est un honneur pour nous, et nous sommes les ‘petits jeunes’ de l’histoire, mais par respect pour Sparks, que nous adorons bien entendu, nous n’avons pas placé le groupe sur un piédestal, ce qui nous a permis de travailler d’égal à égal. Cela s’est même avéré d’une facilité déconcertante, quand on y repense, tant ni l’une ni l’autre des formations n’est perturbée par des problèmes d’ego. FFS, ce sont six personnes qui ont pris un plaisir dingue à imaginer puis enregistrer des chansons. Et aujourd’hui, à les jouer sur scène ! »

Et effectivement, le public du Bataclan a pu juger sur place de la belle énergie contagieuse développée par FFS, qui s’est présenté aussi appliqué que libéré, au cours d’un concert majoritairement dynamique (Nick McCarthy s’est même retrouvé à faire de la ‘stage diving guitar’ !), articulé autour du premier album bien sûr, mais avec aussi quelques tubes des uns et des autres, parfaitement intercalés dans le show : « Take me out » notamment pour les Écossais, ou le cultissime « This town ain’t big enough for the both of us » des Californiens. Ou le génie pop multiforme à l’état pur, ici parfaitement exécuté par un FFS sur le même petit nuage que son généreux et chanceux public d’un soir. 


 

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