Route du Rock Été

Dernier jour - La Route du Rock dans tous ses états

livestories Route du Rock

Saint-Malo, 50 000 habitants, est étonnante. Cette ville a de la ressource. Le festivalier qui dort en périphérie pendant la Route du Rock n’y sentira que la tranquillité de zone pavillonnaire, pourtant ici tout marche à deux vitesses. Chaque été, 1 million de touristes y transitent. Pour la Route du Rhum, c’est prêt de 2 millions de visiteurs. Notre Route à nous, celle du rock qui s’achevait hier soir dans la sueur froide d’une nuit courte, passe aussi par plusieurs états.

La phase terminale, le climax, pour nous, fût surement celui du concert de The Juan MacLean. Le groupe le plus Sparks et le plus disco de DFA commençait avec un léger retard, autour de 2 heures du matin, Dan Deacon le cabotin ayant un peu trainé à quitter la scène. Maclean est une formule magique de rock Moroder, mettant en relief le principal atout de la disco, par rapport à toutes les musiques purement électroniques : on danse en souriant. Alors, oui, il y a des bousculades, oui ça se marche sur le pied, et un moment une escarmouche se profile entre deux danseurs alpha très territoriaux. Sur quoi une naïade, flairant la mauvaise ambiance, exécute deux-trois pas au milieu des deux enragés, et la rixe se dissout, instantanément. C’est le pouvoir disco, et des instruments magiques du quatuor : harpe laser, batterie semi-électronique tenue par un sosie de John Goodman-Walter et de Nancy Whang, magnifique sous sa perruque. Avant ces enfants de Donna Summer, il y avait donc Dan Deacon. Mais encore bien avant, il y avait une autre Route du Rock. 

C’est le premier état du site le Fort Saint-Père. La journée, quand le parc n’est pas encore ouvert, des petites mains œuvrent et font tout ce qu’est la Route du Rock. Ce sont les bénévoles. 23 000 tickets ont été achetés cette année, dont 12 000 sur la soirée du samedi soir. L’année dernière, les fêtards avaient soufflé un camion-citerne de 22 000 litres de bière (sans compter les autres boissons : imaginez un peu). Tout cela est tenu à jour et surveillé par une équipe d’environ 600 bénévoles un peu fatigué du rush de la veille. 

Mevenig, responsable des bénévoles : On doit être sur place plusieurs heures avant et on finit très tard. Mais on est dorloté, nourri, on a un camping pour nous. Il y a même une sorte de soirée d’intégration avant le festival où on se rencontre, même si on ne peut pas connaître tout le monde. 

Arte concert : Il y a une réputation de bénévoles qui viennent en bandes ? 
Mevenig : Oui, il y a une bande des Yvelines, là tu peux voir les panthères, ces filles sont tout le temps en fourrure, et puis… les Gérards ! C’est un collectif de Rennes qui inventent des slogans fleuris et en font des plaquettes d’autocollants. C’est pour ça que tu peux voir plein de stickers « les femmes et les enfants dehors », « ce soir c’est tisane et youporn », etc… 
 
Arte Concert : C’est votre soir préféré le dimanche ?
 
Mevenig : En général le samedi est le plus difficile, c’est le rush. Là on va tous un peu décompresser. C’est un soir où on s’amuse beaucoup en général. 

The Districts à la Route du Rock
The Districts à la Route du Rock The Districts à la Route du Rock The Districts à la Route du Rock

Décompresser : c’est la phase 2. Ça a commencé avec The Districts, jeune groupe rock de Philadelphie, parti des disques des parents pour signer deux albums chez Fat Possum dans un registre Fratellis. Il est tôt, la décompression commence sur quelques slams à la lumière du jour sur le terrain des Districts. Chacun sa manière de dépressuriser, Father John Misty préférant dire quelques insanités au micro, avant de le mettre dans son pantalon dans une imitation de Jagger. L’ancien batteur des Fleet Foxes, ex-Josh Tillman a troqué les sad songs en une panoplie de crooner zinzin. Certaines au premier rang le traitent de « tentateur ». Il faut changer le micro, pour les microbes. Après quoi, progressivement, les perspectives se sont inversées : Viet Cong a joué un punk industriel de drone, leur batteur tenait les baguettes par le petit côté, les refrains étaient plus doux que les couplets, et les quatre Canadiens sur scène jouaient un kraut-rock de zone industrielle, répétant pendant 10 minutes la même note, à transformer les plus obtus athées du noise en derviches tourneurs à batterie à lithium.  

Father John Misty à la Route du Rock
Father John Misty à la Route du Rock Father John Misty à la Route du Rock Father John Misty à la Route du Rock

Ride est arrivé derrière les Anglaises de Savages. Les Britanniques ont l’âge du festival, dans le shoegaze, on parlerait de légendes. Mark Gardener débarque, chapeau de cow-boy vissé sur le crâne. Les grands écrans s’allument avec des bandes format western. Want to take a Ride, hombre ? Le groupe Creation pousse les limites du bruit, je dois protéger mes oreilles, et à mon retour : Dan Deacon. Dan a une méthode particulière pour tenir un concert. Une mystérieuse machine-séquenceur, quelques instructions (séparer la foule, gigoter sur cette partie, sauter sur telle autre) et un batteur à 180 BPM. Quand Deacon a lancé ses programmes et chanté de sa voix ultra-tunée sur des rythmes intenables (d’où la nécessité de gigoter), je crois que le public, une grande partie, est devenu fou. Pas d’échappatoire possible. La Route du Rock c’est chimique, ça transforme. 

Ride à la Route du Rock
Ride à la Route du Rock Ride à la Route du Rock Ride à la Route du Rock
 

Photo © Rod Maurice