ARTE Concert Festival

ARTE Concert Festival - J2 : Un alter-écho ?

Diptyque Sarah McCoy

Vendredi 8 avril, cette deuxième journée du ARTE Concert Festival 2017 est consacrée au piano ! Ce soir, les murs de La Gaîté lyrique résonnent des accords de Peter Broderick, Sarah Mc Coy et de Jarvis Cocker & Gonzales, qui nous proposent leurs variations autour du clavier, chacun son tempo, chacun son écho.

PETER BRODERICK

C’est un Peter Broderick extatique et visiblement heureux qu’on retrouve à l’issue de son concert, au stand merchandising, où il vient de recevoir la flopée de compliments qu’il méritait.

Peter Broderick @ ARTE Concert Festival
Peter Broderick @ ARTE Concert Festival Le piano de Peter Broderick est léger, presque spectral.  Peter Broderick @ ARTE Concert Festival
© Rémy Grandroques

 

Comme avec tous les artistes qu’on rencontre pendant le festival, on pose la question de la relation du musicien à l’instrument : « Je joue surtout du piano ces temps-ci : c’est un lien thérapeutique en un sens, par exemple, si je me sens un peu déséquilibré, perturbé, je m’y mets, et il me remet d’aplomb. En jouer m’élève aussi jusqu’à un niveau plus éthéré, je dirais, c’est un peu des deux. Je peux parfois atteindre un niveau de conscience altérée, quand ça fonctionne, mais ce n’est pas toujours le cas. Je ne sais pas ce qu’il faut pour provoquer ce moment, ça a toujours été un mystère pour moi, ça vient parfois de manière surprenante: mais je crois que l’ingrédient indispensable, c’est l’ouverture d’esprit. Il faut être prêt à lâcher-prise, à perdre le contrôle, et réussir à calmer son esprit, ce qui peut être délicat quand tu as beaucoup de choses en tête… Je dirais que le piano est l’outil le plus efficace pour parvenir à cet état, et c’est vrai de la musique en général. Les autres moyens d’y arriver peuvent être la méditation, ou d’autres formes de création comme le dessin, et aussi, en ce qui me concerne, le fait de passer du temps dans la nature. Je suis vraiment fasciné par les plantes, je vais souvent me balader, observer les différentes espèces de plantes, d’arbres, de fleurs, je regarde si c’est comestible, s’il y a un usage médical, et cette activité-là permet de mettre mon cerveau hyperactif en pause, dans un état proche du rêve. »

Son meilleur outil lui a-t-il déjà fait défaut, le lien s’est-il déjà cassé ? « Ce n’est pas l’outil qui est en cause, il y a plein de fois où tu sens qu’à force de pratique, tu as atteint un autre niveau de jeu, et amélioré ta technique, pour arriver à un certain niveau de confort, et puis d’autres fois où tes mains ne sont plus bonnes à rien, certains jours sont frustrants, d’autres non… »

Un objet si précieux se prête-t-il, ou le garde-t-on jalousement pour soi, à l’abri d’éventuels mauvais traitements, est-ce qu’on devient fétichiste avec ses instruments ? « Ça dépend desquels on parle. Je ne suis pas fétichiste avec mon piano, mais avec mon violon, oui, carrément. Les violons sont très précieux, parce qu’ils sont très fragiles. Je ne laisserais personne approcher le mien, ou alors, il faudrait que je fasse vraiment confiance… et encore. Un piano, je vois ça comme un instrument communal, il est accessible à tous dans la maison, même les chats sautent dessus, c’est un bien de famille. Tu verras très rarement le propriétaire d’un piano interdire à d’autres d’y toucher ! Mais avec un violon, tu te sens plus protecteur, personnellement, je chéris le mien :un ami de la famille l’a fabriqué pour mon père qui ensuite me l’a offert, ça compte énormément pour moi. » Peter l’emmène donc toujours avec lui, où qu’il aille. Évidemment, avec son piano, il ne peut en faire autant : « J’ai vécu dans plein de pays, déménagé tellement de fois, que j’ai eu à dire adieu à beaucoup de mes instruments, dont un piano que j’aime tendrement et qui est resté à Berlin : je n’ai jamais eu les moyens de le faire déménager, ça coûte une fortune, il me manque terriblement. J’aimerais croire que le piano devient comme un prolongement de moi-même, ou que nous devenons mariés en quelque sorte, parce que, quand tu fusionnes avec ton instrument en le jouant, il s’agit un peu de ça… Je vois les pianos comme de très bons amis, parce qu’ils t’aident vraiment à te laisser aller. »

Diptyque Peter Broderick
© Mathieu Zazzo

 

SARAH MCCOY

Après une séance de portrait mémorable, et aussi émouvante pour le modèle que pour le photographe, et après un concert qui a mis tout le monde au même diapason dans le Foyer de la Gaîté, on retrouve Sarah McCoy en loges.

Sarah McCoy @ ARTE Concert Festival
Sarah McCoy @ ARTE Concert Festival Chaque chanson de Sarah McCoy est l'occasion de livrer une version très personnelle du rêve américain. Sarah McCoy @ ARTE Concert Festival
© Rémy Grandroques

 

Elle a eu le temps de réfléchir à l’interrogation qu’on a lancée plus tôt, et confie qu’elle a bien aimé la réflexion : « C’est une très bonne question, en fait, elle est même très importante, je n’avais jamais formulé ça comme une relation, pourtant c’en est une, c’est vrai… Alors, je dirais que mon piano n’est ni un outil, ni un ami, non, c’est un portail ! Un portail vers une autre dimension, absolument ! Il y a tant d’exemples à donner, mais j’en ai un en particulier, que je n’oublierai jamais, que j’aurai toujours en tête, toute ma vie : tu vois, j’ai un très vieux piano-bar chez moi, il est énorme et tout poisseux, parce qu’il a passé plus d’un siècle dans un bar avant que je ne l’acquière. Il ne fonctionne presque plus… Mais à l’époque où il sonnait encore, j’allais à ce piano à chaque fois que je sentais qu’il fallait que je sois moi-même, mais qu’il fallait d’abord que je me trouve, tu vois ? Pour moi, un piano est comme un ventre, alors, j’avais toujours ce même rituel : je collais l’oreille sur son ventre, pédale appuyée, et je jouais pour qu’il résonne, les bras grands ouverts en appuyant sur toutes les notes à la fois.

Il y a un truc que j’adore avec le piano, c’est que tu peux appuyer sur toutes les touches en même temps si tu veux, puis laisser résonner, ça commence par un chaos mais si tu attends cinq minutes, ça finira toujours par trouver une harmonie, c’est assez fou, les notes finissent toujours par trouver une manière de vibrer ensemble jusqu’à former une note naturellement harmonieuse. Et ça, en soi, c’est époustouflant. D’une certaine manière, ce rituel me sauve : du ventre finit toujours par sortir une mélodie, alors je le fais tout le temps. Je fais ce son, je le laisse s’installer et puis je frappe une touche au hasard, et d’un coup, c’est comme de la poussière d’étoiles. Et parfois, une mélodie surgit de ce chaos. Alors, à cet instant précis, c’est comme si quelqu’un te trouvait, quelqu’un de rare, quelqu’un d’aimé, ou comme si des morceaux de toi dont tu ne te souvenais plus te retrouvaient enfin, à cet ‘endroit’. Et d’un coup, tu te souviens d’eux, tu te souviens de ton ancien toi, tu te souviens de choses que tu n’as même pas encore vécues, je trouve ça vraiment cool… Si c’est si important pour moi, c’est aussi parce que le quotidien est d’un ennui mortel, chaque jour est une horloge qui décompte le temps qu’il te reste, mais cet espace dont je te parle, quand tu y es, tout est si évident… C’est là où tu peux enfin te relaxer un peu, c’est comme l’éther, tu sais, presque comme l’endroit où on va quand on meurt. Ton esprit est comme en suspens, là-bas, et c’est précieux pour ceux qui, comme moi, considèrent leur esprit comme un endroit un peu fou.

Avec le piano, je crois que j’ai trouvé un espace où je peux me relier à quelque chose qui n’est pas humain, qui n’est pas de chair et d’os, mais qui fait pulser mon sang, qui me donne envie de vivre. Il a sauvé ma vie tant de fois… je sais à quoi le plancher ressemble, mais le piano m’a remise debout à chaque fois. Je ne crois pas que la musique soit la seule manière pour moi de communiquer avec les gens, mais je crois vraiment qu’elle est l’une des rares choses qui me permettent de communiquer avec moi-même. »

Diptyque Sarah McCoy
© Mathieu Zazzo

 

JARVIS COCKER & CHILLY GONZALES

Les derniers à jouer ce soir nous attendent dans un espace fantasmagorique, concept-album devenu spectacle total : Room 29. Jarvis Cocker et Chilly Gonzales sont amis depuis dix ans, et ils ont imaginé cette fiction inspirée du réel : à l’hôtel Château-Marmont, lieu mythique de l’ère glorieuse d’Hollywood, le premier a imaginé une histoire avant d’en adapter la musique avec le second. Portée sur scène, cette Room 29 mêle concert, chant, conte et danse, et propose des images d’archives et d’autres filmées sur place par Jarvis.

Sur scène, un lit drapé de noir, une table de chevet, un bureau, un téléphone, un vieux poste de télé, des lampes qui tamisent l’atmosphère. Dans le fond, et sur les deux côtés de la salle, des écrans qui diffusent les inspirations oniriques de nos compères. On ne va pas vous raconter tous les détails, briser le charme, il faut absolument que vous regardiez le replay. Mais à défaut de vous spoiler, on peut bien vous teaser un peu, en vous disant qu’au casting, on voit notamment défiler un groom un peu cocasse, Gene Harlow, un quartet à cordes, Romy Schneider, des naïades figurant des microbes dans une danse synchronisée, une invitée-surprise, Howard Hughes, une danseuse voilée de lumières épileptiques, un Jarvis tantôt plongé dans une baignoire, tantôt piégé dans un tube cathodique, quand il ne joue pas l’hôte et le conteur du soir, et Gonzales au piano, en peignoir et amusé…

Le public se laisse embarquer bien volontiers, il donne ses clefs au duo et s’installe dans le siège passager, pour un voyage magique dans une Los Angeles idéalisée, repulpée. Et pour les grands fétichistes de la setlist que vous êtes peut-être, on veut bien lister la suite de noms magiques qu’ils nous ont susurrés : 1-Room 29 ; 2-Marmont Ouverture ; 3-Tearjeker ; 4-Interlude Hotel Stationery ;5-Clara ; 6-Bombshell ; 7-Belle Boy ; 8-Howard Hughes under the Microscope ; 9-Salomé ; 10-Interlude Five Hours a Day ; 11-Daddy, You’re Not Watching Me ; 12-The Other Side ; 13-The Tearjerker Returns ; 14-A Trick of the Light ; 15-Room 29 Reprise ; 16-Ice Cream As Main Course.

Jarvis Cocker & Chilly Gonzales présentent "Room 29"
Jarvis Cocker & Chilly Gonzales présentent "Room 29" Une soirée au Château Marmont, ça vous dit ?  Jarvis Cocker & Chilly Gonzales présentent
© Rémy Grandroques

 

On se retrouve demain pour le récit de notre troisième et dernière soirée, avec de l’électro plus qu’il n’en faut : rendez-vous avec Clark, Factory Floor, Noga Erez, Miss Kittin, et Danny Daze B2B Simian Mobile Disco Club !

© Mathieu Zazzo